Dysgraphie ou mauvaise écriture?

Qu'appelle-t-on dysgraphie?

la dysgraphie est la difficulté d'acquérir une écriture manuscrite efficace. Il s'agit en général de l'écriture cursive ("attachée").
C'est une définition relativement simple mais deux difficultés apparaissent dans la réalité:
- à quel âge va-t-on parler de dysgraphie?
- quels sont les caractères de l'écriture vont définir cette mauvaise écriture étant donné sa grande variabilité individuelle?

Pour mémoire, dans la littérature médicale mondiale, les troubles de l'écriture comprennent aussi bien dysgraphie que dysorthographie (le fond et la forme) alors qu'en France les troubles sont séparés.

Evolution de l'écriture dans l'apprentissage

Il s'agit bien d'une activité acquise, et culturellement apprise (donc il s'agit également d'une praxie, càd qu'on va retrouver le symptôme dysgraphique dans une dyspraxie). Et donc on ne parlera de dysgraphie qu'après un apprentissage suffisant de l'écriture manuscrite (comme pour la lecture et la dyslexie..). En France les élèves commencent à écrire des lettres et leur nom environ en 3eme année de maternelle. Mais c'est surtout au CP que l'activité démarre régulièrement.

Le graphique suivant donne les qualités d'écriture respectivement au CP, CE1, CE2, CM1 et CM2 (d'après le manuel du BHK)
On voit que dès le CE1 la qualité de l'écriture est relativement bonne et c'est la vitesse qui va augmenter les années ultérieures. Donc dès le CE1 on peut parler de dysgraphie si la qualité morphologique de l'écriture est très faible.

Au début du collège la qualité de l'écriture va également changer, les enfants vont personnaliser leur écriture et continuer à accélérer (l'exigence de prise de notes également..). On aura des écritures diverses, plus ou moins rapides, plus ou moins lisibles. Quels seront les critères qui définiront alors une dysgraphie?

Etude de l'écriture

Heureusement il existe des échelles normées pour étudier la qualité de l'écriture (Ajuriaguerra, BHK..). J'utilise surtout cette dernière: il s'agit de recopier un texte conventionnel sur 5mn. Le nombre de caractères recopié en 5mn définit une première variable: la vitesse. Les 5 premières lignes du texte permettent de quantifier des caractères morphologiques (ligatures, taille, espacement horizontal, linéraité de la ligne, variabilité de la taille...). Ces caractères sont scorées et la somme total donne un score de mauvaise écriture. Ces 2 paramètres, vitesse et scores sont comparées à des normes en fonction de la classe.

En pratique cela donne une information assez fiable mais pas toujours sensible: on peut avoir une dégradation de l'écriture au bout d'un certain temps, et il est difficile de juger une écriture sur 5mn de recopie. Il faudrait pouvoir évaluer la vitesse d'écriture sur une période prolongée, mais c'est peu réalisable en situation de test. C'est pour ça qu'il faut toujours regarder les cahiers scolaires des enfants qui reflètent beaucoup mieux leur capacité réelle, dans la durée.

En réalité le vrai critère de dysgraphie à mon sens c'est le manque d'automatisation et encore la notion d'énergie nécessaire (voir article sur attention partagée). Si l'énergie nécessaire pour écrire est considérable, on aura assez rapidement une dégradation de l'écriture, qui se verra dans le contexte scolaire, avec les conséquences habituelles: cahiers sales, prise de cours insuffisante et tronquée, restitution de contrôles illisible, dysorthographie... Cette notion reste toujours importante, surtout en situation de rééducation de l'écriture ou au décours; on peut avoir par exemple chez cet enfant une récupération assez bonne en situation de test:



mais voilà ce que ça donne en classe: alors dysgraphique ou pas? 



Les associations non fortuites

  • Dyspraxie et dysgraphie: on a évidemment une dysgraphie dans les dyspraxies de développement; ces dysgraphies sont alors associées à d'autres manifestations gestuelles ( troubles des coordinations, troubles de la motricité fine..), éventuellement troubles visuo-spatiaux. 
  • précocité intellectuelle et troubles de l'écriture: c'est une association fréquente et on voit assez souvent ces enfants, très forts à l'oral, et qui bloquent totalement à l'écrit. Les autres praxies gestuelles ne sont pas forcément faibles, et il ne s'agit pas toujours d'une véritable dyspraxie. Néanmoins il convient d'aménager l'écriture de ces enfants dans leur scolarité afin d'éviter un blocage persistant..
  • dyslexie et dysgraphie: on voit des enfants dyslexiques, avec une forte dysorthographie et une écriture tres illisible, sans toutefois la série des troubles gestuels de la dyspraxie. Les causes de cette mauvaise écriture  sont multiples: attention partagée médiocre, parfois véritable trouble attentionnel, ou parfois simple "camouflage" ou rejet de l'écrit..
  • dysgraphie et troubles attentionnels: chez les enfants présentant un déficit attentionnel on a souvent également des difficultés d'écriture. Il est alors souvent difficile de faire la part entre une véritable dysgraphie (qui consomme de l'attention), un trouble attentionnel entrainant une mauvaise écriture, ou un trouble mixte. Parfois c'est le traitement par méthylphénidate qui fait la différence, si l'écriture s'améliore significativement avec le traitement. Mais l'association dyspraxie-déficit attentionnel étant fréquente, l'enfant peut bien sûr avoir les 2 difficultés. 

Perspectives

  • A la journée du Certa/resodys Marseille 2012 il a été question d'autres moyens pour étudier une dysgraphie: l'utilisation de tablettes graphiques permet d'étudier les critères cinétiques (vitesse, morphologie, levers de crayon) en temps réel. C'est une voie intéressante pour de mettre en évidence les mauvais schémas moteurs. Une autre projet intéressant couple ces critères cinétiques avec des  modulations sonores ce qui permet d'apprécier "à l'oreille" une dysgraphie !
  • une autre question intéressante a été soulevé par une équipe de recherche de Marseille Saint-Charles: à l'heure actuelle où les moyens de communication deviennent de plus en plus communs, on voit émerger d'autres façons de communiquer que d'écrire avec l'écriture cursive; écrire avec les pouces (sur les smarphones), faire des gestes devant un écran (kinect, leap), taper sur un clavier physique ou virtuel, reconnaissance de la voix... Si l'écriture manuscrite devient désuette, la dysgraphie sera-t-elle toujours un problème?

 Liens

  •  une site sur l''intégration scolaire et pb médicaux. Une page plutôt orienté enseignants sur la dysgraphie: http://www.integrascol.fr/fichemaladie.php?id=92

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Mon fils souffre de dysgraphie liée à une précocité intellectuelle. Il est en CP et se bloque devant l'écriture alors qu'il lit déjà assez bien.
Que proposer à la maîtresse ? Qu'entendez-vous par " il convient d'aménager l'écriture de ces enfants dans leur scolarité afin d'éviter un blocage persistant" ?
merci de votre réponse,
bien cordialement
LS

LP a dit…

Il est vrai que "aménager l'écriture" est très sibyllin...

Je suis enseignante et rééducatrice en écriture, et je peux témoigner du fait qu'un apprentissage bien mené, s'il ne vient pas "à bout" des dysgraphies juste sur le temps scolaire, permet d'éviter la plupart des catastrophes. Les élèves ont tous une écriture lisible, même si certains, atteints de troubles importants, écrivent très gros et / ou de manière irrégulière.

Nguyen robert a dit…

Aménagements veut dire aménagements scolaires. Devant une difficulté instrumentale ou fonctionnelle, il y a 2 possibilités:
- améliorer la performance: c'est l'idée de rééducation, d'entrainement
- contourner la difficulté: c'est l'idée de réadaptation, d'aménagements. En ce qui concerne l'écriture, diminuer la difficulté de l'écriture, ce serait de demander de diminuer la charge en écriture( ne pas recopier ou qu'une partie, avoir des supports de cours et des photocopies). C'est aussi parfois le rôle de l'auxiliaire de vie scolaire pour des difficultés importantes ou multiples. Enfin
c'est l'idée de contourner l'écriture manuscrite par un apprentissage du clavier (que je conçois surtout après un échec de la rééducation; reste à définir quand peut-on parler d'échec de la rééducation..)

Anonyme a dit…

Bonjour et merci pour votre blog très instructif.
Mon fils, en CE2 est également atteint de dysgraphie, repéré par l'enseignante et diagnostiqué par l'orthophoniste. L'écriture lui demande beaucoup d'efforts et lui fait mal au bras. Il n'a pas d'autres problèmes d'apprentissage (hormis une orthographe approximative peut être due à l'énergie dépensée pour écrire)et un petit déficit d'attention visuel (une histoire de comptage de cloches). Par contre il dessine beaucoup sans gêne particulière. Il n'a par ailleurs pas d'autre problème moteur hormis un Claude Bernard Horner et un syndrome d'Harlequin (rougeur et hypersudation hémifaciales et hémithoracique -si ça se dit...-) dues à l'ablation d'un neuroblastome thoracique (côté droit) il y a 5 ans. Auriez-vous déjà entendu parler de cas similaires (association pb système nerveux sympathique et dysgraphie ?). Ni l'oncologue, ni l'orthophoniste ne se sont définitivement prononcés sur ce point.
merci

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